Les événements du 17 octobre ont frappé de nombreuses boutiques, à quelques semaines de la période décisive des fêtes. Vitrines détruites, stocks emportés, portes closes : la mode indépendante comme les grandes enseignes affrontent l’épreuve avec résilience.
Derrière chaque rideau baissé, il n’y a pas seulement un chiffre d’affaires suspendu. Il y a une entreprise, des emplois, un savoir-faire et, souvent, le projet d’une vie. Après ces dégradations, les pouvoirs publics ont mis en place plusieurs aides exceptionnelles. Elles visent à préserver les emplois, la trésorerie et la capacité des commerces à rouvrir rapidement.
Entre émotion et détermination
Dès les premières heures, indépendants et créateurs ont pris la parole sur les réseaux sociaux. Ils mêlent sidération et envie de repartir.
À Paris, Sybille Roger-Vasselin, fondatrice de la boutique Petite Mendigote, rue Beaurepaire, confie sa détresse. Sur le compte Instagram de la marque, elle écrit : « Bouleversée, car j’ai vu partir en fumée toute l’énergie, le travail et l’engagement de mes équipes si investies. Nous étions si fiers de rouvrir cette boutique entièrement rénovée il y a quelques mois. »
Quai de Valmy, l’équipe du concept store Make My Lemonade a répondu par une formule sans détour : « On ne va pas se laisser éteindre. »

Boutique Make My Lemonade, Quai de Valmy, Crédits : Hervé Goluza © ideat.fr
Le mouvement dépasse la capitale. À Marseille, les boutiques Armenak ont annoncé la fermeture temporaire de leurs établissements. À Montpellier, Wim Schuyten, gérant de la boutique Dewachter*, fait état de dégâts importants sur ses stocks.
Ces témoignages disent tous la même chose. Au-delà des vitrines, les dégâts touchent des équipes, des mois de travail et des investissements récents.. Pour une boutique rénovée depuis quelques mois seulement, comme Petite Mendigote, la perte est double, à la fois matérielle et symbolique.
*PagesMode donne la parole aux commerçants indépendants, article complet sur un de nos Micro PM juste ici
Quel est le bilan des dégradations du 17 octobre ?
Selon les dernières estimations, les dégradations auraient touché directement au moins 3 000 commerces. Leur coût atteindrait plusieurs centaines de millions d’euros. Fédérations professionnelles, collectivités et services de l’État se sont réunis en cellule de crise au ministère du Commerce, à deux reprises. Leur objectif : déployer des mesures d’urgence, soutenir la remise en état des locaux et permettre aux boutiques de rouvrir avant les fêtes.
Ce chiffre donne néanmoins la mesure de l’enjeu. À l’approche de Noël, chaque semaine de fermeture compte : l’activité de ces boutiques dépend largement de cette période.
Quels réflexes adopter après un tel sinistre ?
Pour un commerce sinistré, mieux vaut mener plusieurs démarches en parallèle plutôt que d’attendre la réponse d’un seul organisme.
Tout commence par un appel à l’assureur, à passer sans attendre. Le délai de déclaration varie en fonction de la nature du sinistre : 5 jours ouvrés en général pour les accidents de la route et les dégâts des eaux (source = www.cb-huissiers.com). Exceptionnellement, après les événements du 17 octobre et ceux du lendemain, ce délai passe à trente jours. En parallèle, il faut déposer plainte et constituer un dossier solide : photos des dégâts, inventaire du stock et factures d’achat permettent de documenter les pertes.
Réunir ces pièces dès maintenant fait gagner un temps précieux : plus le dossier est complet, plus l’instruction de la demande d’indemnisation peut avancer rapidement, y compris à distance.
Le contrat mérite ensuite une lecture attentive. Première vérification : la présence d’une garantie « émeutes et mouvements populaires ». Si elle fait défaut, une demande peut être adressée à la préfecture. Autre point de vigilance : cette garantie ne couvre pas forcément la perte d’exploitation. Il faut donc examiner précisément les clauses liées au pillage et au vandalisme.
Bonne nouvelle toutefois : les assureurs ont, eux aussi, activé une cellule de crise. Ils peuvent notamment accélérer les expertises et faciliter le versement d’acomptes, afin de soulager rapidement la trésorerie des commerces.
Quelles aides financières peuvent être mobilisées ?
Au-delà de l’assurance, plusieurs dispositifs peuvent aider les commerces à préserver leur trésorerie.
Les entreprises directement touchées peuvent d’abord demander un étalement de leurs charges fiscales, sans frais ni majoration. Selon leur situation, des délais supplémentaires ou des remises de pénalités peuvent aussi leur être accordés.
Bpifrance doit par ailleurs proposer un prêt à taux zéro pouvant atteindre 50 000 € sur trois ans. Son objectif : aider les entreprises à reconstituer leurs stocks et à faire face aux dépenses les plus urgentes.
Les CCI accompagnent les commerçants dans leurs premières démarches, notamment pour les déclarations de sinistre, et l’association APESA propose un soutien psychologique aux chefs d’entreprise en difficulté.
Du côté des artisans, les chambres de métiers et de l’artisanat (CMA) ont ouvert une ligne d’urgence au 3006 et activé une aide d’urgence pouvant aller jusqu’à 1 500 €. Des professionnels du bâtiment peuvent en outre intervenir pour accélérer certaines remises en état.
Pour les travailleurs indépendants, le CPSTI pourrait également mobiliser une aide financière exceptionnelle. Le dispositif reste toutefois à confirmer dans les prochaines semaines.
De plus, le Gouvernement a annoncé la création d’un fonds spécifique destiné aux petites entreprises de moins de 50 salariés, fortement touchées et confrontées à une perte d’activité.
Enfin, l’Urssaf a détaillé, ce jeudi, les modalités des aides à la trésorerie annoncées par le gouvernement pour soutenir les commerces saccagés le 17 octobre. Les entreprises peuvent étaler le paiement de leurs cotisations de la prochaine échéance sur une période allant jusqu’à 12 mois, sans pénalité ni majoration de retard, précise l’organisme. (source = franceinfo.fr)
Ce que réclament les commerces de mode
Dans un communiqué daté du 19 octobre, la Fédération nationale de l’habillement (FNH), présidée par Pierre Talamon, et les acteurs de la filière formulent plusieurs demandes. Côté trésorerie, ils souhaitent un dispositif d’activité partielle simplifié, ainsi que des avances et des prêts pour reconstituer les stocks avant Noël. Ils plaident aussi pour un report des loyers des boutiques contraintes de fermer.
Sur la revente des produits pillés, les premières mesures ont déjà été prises. Le Gouvernement a réuni les plateformes de vente en ligne, qui se sont engagées à renforcer la détection et le signalement des annonces suspectes. La cellule VigE-commerce a également été activée.
Ces demandes font ressortir trois priorités : sécuriser la trésorerie, alléger les charges pendant la fermeture et lutter contre la revente des articles volés. Leur aboutissement dépendra des échanges engagés avec les pouvoirs publics.

Crédits : © Andrej Lisakov via unsplash.com
Comment préserver les emplois pendant la fermeture ?
Pour les commerces contraints de réduire ou de suspendre leur activité, l’État a mis en place un dispositif exceptionnel d’activité partielle, ouvert à toutes les entreprises touchées. Les salariés empêchés de travailler perçoivent une indemnité équivalant à 60 % de leur rémunération brute, et à 100 % pour ceux qui sont payés au SMIC.
Pour les entreprises de moins de 250 salariés, l’État va plus loin : il prend en charge la part de l’indemnité qui revient normalement à l’employeur, c’est le « zéro reste à charge ». Les enseignes plus importantes peuvent recourir au dispositif, mais sans bénéficier de cette prise en charge intégrale.*
*(source : communiqué de presse du ministère de l’Économie)
Comment préparer la reprise avant les fêtes ?
À quelques semaines des fêtes, la rapidité de la reprise est décisive : il faut sécuriser les locaux, reconstituer les stocks et préserver la trésorerie. Le chemin reste exigeant, mais les commerçants ne sont pas seuls : assureurs, réseaux consulaires, fédérations et pouvoirs publics les accompagnent. La créativité, l’engagement des équipes et la fidélité des clients n’ont pas disparu avec les vitrines brisées : c’est sur ces fondations que les boutiques repartiront.
Alizée Bourquin / PagesMode







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