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Commerce de mode : ce que disent les chiffres 2025 pour les indépendants

Le bilan annuel 2025 publié par l’Alliance du Commerce dresse, chiffres à l’appui, un état des lieux détaillé de l’activité des commerces de mode en France. Ce bilan s’appuie sur le panel habillement Retail.Int, qui regroupe 80 enseignes représentant plus de 10 000 magasins, et analyse l’évolution du chiffre d’affaires, la fréquentation, la performance du e-commerce ainsi que les dynamiques territoriales.

À première lecture, le constat est clair : le commerce de mode ne s’effondre pas. L’année est qualifiée de « sous tension », mais sans décrochage brutal. Pourtant, cette photographie, construite à partir d’un panel majoritairement composé d’enseignes intégrées ou en succursales, ne reflète pas toujours la réalité vécue par les boutiques de mode indépendantes.

Pour affiner l’analyse, il est nécessaire de croiser ces données avec celles issues des baromètres du commerce indépendant. Ces derniers offrent une lecture complémentaire, centrée sur des structures plus petites, souvent implantées en centre-ville.

Une activité globalement stable… dans les panels d’enseignes

Sur l’ensemble de l’année 2025, le chiffre d’affaires du commerce de mode recule très légèrement de -0,3 % à périmètre constant, selon l’Alliance du Commerce. Cette quasi-stabilité témoigne d’une capacité de résistance du secteur malgré un contexte économique contraint.

Dans le détail, l’activité en magasin suit la même tendance, avec une évolution proche de l’équilibre. Le e-commerce, de son côté, enregistre une progression modeste (+0,1 %), confirmant un point déjà observé les années précédentes : le digital progresse, mais ne compense pas totalement la baisse de la fréquentation physique.

Ces chiffres traduisent une forme de solidité structurelle des enseignes intégrées au panel.

Une fréquentation en baisse, mais un taux de transformation en hausse

Le bilan de l’Alliance du Commerce met également en lumière une baisse de la fréquentation de -1,5 % sur l’année. Les clients se déplacent moins et entrent moins souvent en boutique, mais leurs comportements évoluent.

Le panier moyen recule légèrement (-0,6 %), signe de consommateurs plus attentifs à leurs dépenses. En revanche, le taux de transformation progresse de +1,9 %. Autrement dit, lorsque les clients franchissent la porte d’un magasin, ils sont plus enclins à acheter.

Ce phénomène confirme une tendance de fond : la visite en boutique devient plus intentionnelle. Le passage n’est plus systématique, mais l’acte d’achat est davantage réfléchi.

Des réalités très différentes

Si ces indicateurs donnent une image relativement stable du commerce de mode, ils reposent toutefois sur un panel spécifique, composé majoritairement d’enseignes structurées, disposant de moyens financiers, humains et logistiques supérieurs à ceux des commerces indépendants.

Lorsque l’on observe les baromètres du commerce indépendant, le diagnostic apparaît plus contrasté.

Selon les données publiées par MesInfos et le baromètre d’activité du commerce indépendant, relayé par lescommerces.fr, l’année 2025 se solde par une baisse plus marquée de l’activité pour les indépendants, tous secteurs confondus (-3,1 %). Le recul moyen est supérieur à celui observé dans les panels d’enseignes, avec des variations importantes selon les périodes de l’année.

La mode indépendante parmi les secteurs les plus touchés

Dans ces baromètres, le commerce de mode indépendant apparaît comme l’un des secteurs les plus fragilisés. Le prêt-à-porter et les activités liées à l’habillement enregistrent des reculs significatifs, supérieurs à la moyenne du commerce indépendant.

Cette situation s’explique par plusieurs facteurs structurels :

  • une forte dépendance au trafic physique ;
  • une exposition accrue à la baisse de fréquentation des centres-villes ;
  • une capacité plus limitée à compenser les pertes de chiffre d’affaires.

Là où les enseignes peuvent s’appuyer sur des réseaux étendus, des bases clients larges et des budgets marketing conséquents, les boutiques indépendantes subissent de plein fouet les variations de flux et de consommation.

Centres-villes fragilisés et vacance commerciale persistante

Les baromètres du commerce indépendant soulignent également un phénomène clé : la hausse de la vacance commerciale. Certains centres-villes sont particulièrement touchés. La fermeture progressive de commerces, notamment dans l’habillement, contribue à une baisse d’attractivité des rues commerçantes. Moins de vitrines ouvertes, moins de diversité d’offres, et donc moins de passages. Cette dynamique alimente un cercle défavorable pour les commerces restants.

À l’inverse, le bilan de l’Alliance du Commerce montre que certaines zones commerciales et retail parks enregistrent une légère progression de l’activité (+0,8 %). Ces zones bénéficient d’une accessibilité plus simple, d’un stationnement facilité et d’une concentration de l’offre, autant d’éléments qui jouent en leur faveur.

Des structures indépendantes plus exposées

Autre enseignement issu des baromètres indépendants : les petites structures, souvent sans salarié ou avec des équipes très réduites, sont les plus vulnérables. Leur activité recule davantage que celle des commerces employeurs.

Cette fragilité structurelle limite leur capacité à absorber :

  • les hausses de charges ;
  • les fluctuations de fréquentation ;
  • les investissements nécessaires en communication, digital ou visibilité.

Dans ce contexte, la moindre baisse de trafic peut avoir un impact direct sur le chiffre d’affaires.

Un point de convergence : la qualité de l’acte d’achat

Malgré ces écarts entre enseignes et indépendants, un point commun se dégage : l’évolution du comportement des clients.

Moins nombreux, les consommateurs se montrent plus engagés dans leur parcours d’achat. Lorsqu’ils entrent en boutique, l’acte d’achat est plus probable. Cette réalité est cohérente avec la hausse du taux de transformation observée dans le bilan de l’Alliance du Commerce et les retours terrain des commerçants indépendants.

Ce constat met en lumière l’importance du conseil, de l’accueil et de la clarté de l’offre, en particulier pour les commerces indépendants, dont la valeur repose largement sur l’expérience proposée en magasin.

Ce que disent réellement les chiffres de 2025

Le bilan de l’Alliance du Commerce montre un secteur qui résiste. Mais replacés dans un cadre plus large, les chiffres révèlent des écarts significatifs entre les modèles économiques.

Le commerce de mode ne connaît pas d’effondrement global. En revanche, les boutiques indépendantes, et en particulier celles de l’habillement, évoluent dans un environnement plus contraint, marqué par :

  • une baisse de fréquentation plus sensible ;
  • une vacance commerciale persistante ;
  • une exposition accrue aux mutations des comportements d’achat.

Ce que PagesMode retient

Ces données confirment une réalité essentielle : les chiffres macroéconomiques ne suffisent pas à décrire l’état réel du commerce de mode indépendant.

Si les enseignes structurées parviennent à maintenir leur activité, les boutiques indépendantes avancent sur une trajectoire plus étroite. Leur capacité à tenir repose sur des leviers précis : sélection produit, positionnement clair, relation client et visibilité.

Dans un paysage commercial qui se resserre, être identifié, lisible et visible devient un enjeu central pour les indépendants.

Derrière ces chiffres, ce sont des commerces qui s’adaptent, souvent avec des moyens limités, mais une forte implication terrain. Et c’est précisément cette réalité que PagesMode continue de mettre en lumière.

– Nina Silva l PagesMode

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