MICRO PM x LOUISE HENDRICKS

Depuis 20 ans, Agnès Roland transforme ses émotions, ses peurs et ses histoires en bijoux talismans pour les femmes. Elle imagine des pièces qui créent un lien intime entre celles qui les portent et les aident à s’assumer pleinement.  

Pour commencer, pouvez-vous revenir sur la naissance de votre marque Louise Hendricks ? 

“ J’ai créé la marque il y a presque 20 ans. Cette année, justement, je fête cet anniversaire. Au départ, c’est venu d’un besoin très personnel : j’avais envie de raconter des choses. J’aurais pu écrire, mais finalement j’ai choisi de créer des bijoux. C’était une manière d’exprimer ce que je ressentais, de poser des émotions dans des objets. Petit à petit, mes amies ont commencé à vouloir porter ces bijoux, puis des boutiques se sont intéressées à mon travail. La marque s’est construite comme ça, presque naturellement, au fil des rencontres et de la confiance que j’ai gagnée au fil des années.” 

En quoi votre histoire familiale nourrit-elle aujourd’hui votre réflexion créative ? 

“ Mes grands-parents étaient artistes peintres, donc j’ai baigné très tôt dans cet univers. Petite, j’allais souvent à des expositions, à des vernissages. J’étais entourée de couleurs, de formes, de volumes, et on m’encourageait aussi à peindre. À un moment, j’ai même eu une sorte de rejet de cet univers. Mais avec le recul, je pense que cela m’a surtout permis de m’autoriser certaines choses créatives. J’ai aussi une autre partie de ma famille qui est beaucoup plus rationnelle, plus structurée. Finalement, je crois que je me situe entre ces deux mondes. Je ne me considère pas comme une artiste. On est quand même dans un univers commercial, ce sont des bijoux destinés à être vendus et portés. Mais j’ai toujours besoin de raconter quelque chose à travers eux, de créer un lien avec mes envies et avec les femmes.”  

Quel message cherchez-vous à transmettre à travers vos bijoux ? 

“ Mes bijoux racontent surtout des émotions : des peurs, des élans, des moments de vie. C’est une façon de me donner de la force, et finalement de transmettre cette force aux femmes qui les portent. Je crois beaucoup au lien que le bijou peut tisser. Les femmes se reconnaissent dans ces petits messages, et cela crée une forme de communauté. On manque souvent de confiance en nous, et le bijou peut devenir un attribut qui nous rassure, qui nous aide à nous sentir belles et alignées avec nous-mêmes. Au départ, ma démarche était très intime, presque égoïste : je réalisais surtout ces bijoux pour me faire du bien. Mais avec le temps, j’ai compris que ce qui comptait le plus, c’était ce lien entre les femmes. Le fil conducteur de la marque, c’est la vie : nos émotions, nos multiples facettes, notre manière de nous assumer. Je suis aussi très attachée à l’idée du bijou comme un talisman, un petit porte-bonheur. Personnellement, je porte toujours certains bijoux. Si je ne les ai pas, j’ai l’impression qu’il me manque quelque chose. Ce n’est pas une armure, mais plutôt une petite protection, quelque chose qui nous accompagne dans la vie.” 

De quelle manière les femmes s’approprient-elles ces symboles et ces émotions au moment de choisir un bijou ?  

“ Les émotions que je mets dans mes bijoux sont finalement très universelles. On a toutes des joies, des peines, des angoisses, des rires. Ce sont des choses que toutes les femmes ressentent. Elles reconnaissent dans les bijoux ce dont elles ont besoin à un moment précis. Certaines vont être attirées par une panthère qui symbolise la force, d’autres par un symbole lié à l’amour. Elles se projettent dans ces bijoux et ont l’impression qu’ils sont faits pour elles. Et finalement, ce qu’ils leur apportent, c’est un peu de force, de réconfort ou de lumière à un moment de leur vie.”  

Comment se déroule, concrètement, le processus de création d’une pièce, de la première idée au bijou fini ? 

“ La création part toujours d’une idée ou d’un sentiment que j’ai envie de raconter. Par exemple, à un moment donné, j’avais envie de parler du fait de se débarrasser de certaines choses sociales, de ce qu’on a acquis, pour revenir vers quelque chose de plus instinctif. Cette réflexion m’a menée à l’image du phénix, qui renaît de ses cendres. C’est une métaphore de la femme qui se transforme, qui s’ouvre à une nouvelle étape de sa vie. Je suis aussi très sensible à l’amour, sous toutes ses formes, celui d’un partenaire, d’un parent, d’un enfant. Pour moi, c’est quelque chose d’essentiel. Je me suis amusée, par exemple, à imaginer une « pluie d’amour » : la pluie peut être pénible, mais quand elle est faite d’amour, elle devient belle. Ensuite, je travaille les symboles et les images. J’aime zoomer sur des éléments, comme un rayon de soleil ou une lumière. Ce qui m’intéresse dans la création, au fond, c’est la lumière : il faut que le bijou mette la femme en lumière, qu’il la rende lumineuse.” 

 

Pluie d’amour, collection ADELE disponible sur le site

Quelles matières privilégiez-vous et pourquoi ce choix est-il important dans votre démarche ? 

“ Je travaille principalement le laiton plaqué or, avec des zircons ou des pierres. Les bijoux sont réalisés selon les codes de la joaillerie : il n’y a pas de colle, uniquement du serti. Chaque pièce est d’abord dessinée, puis moulée. On réalise ensuite les séries à partir de ces moules. Je ne fais pas d’assemblage de différents éléments récupérés ici ou là. Tout est vraiment conçu dès le départ comme un bijou à part entière. Je regarde assez peu ce qui se fait autour dans la mode. Ce qui m’intéresse, c’est de partir de mes émotions ou de ce que je vis. Une exposition, un film, une situation, une sensation peuvent déclencher une idée. La création vient vraiment de là.”  

À l’occasion des 20 ans de la marque, préparez-vous quelque chose de spécial ? 

“ Comme la marque fête ses 20 ans, quelque chose de très spécial se prépare pour la rentrée. Dès septembre, en amont de la date anniversaire en octobre, je vais révéler des pièces très symboliques, intimement liées à l’histoire de Louise Hendricks, pensées comme des bijoux avec une vraie âme. Toujours autour des émotions, de la lumière, du bon regard, du bon miroir, avec cette idée de ne pas tricher sur qui l’on est, de rester le plus juste possible. ” 

Nina Silva l PagesMode

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